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La chine ancienne - L'empire du milieu - Les mongols & la dynastie Ming Chinoise - La dynastie Mandchoue des Qing - La république de Chine - La république populaire de Chine - Les dynasties chinoises
La Chine fut vraisemblablement peuplée il y a plus d'un million d'années par l'Homo erectus. Puis les hommes modernes atteignirent la région il y a environ 75 000 ans pour développer, vers 7500 avant notre ère, une économie agricole basée sur le millet, le riz, le porc, le chien et le poulet. L'agriculture a commencé à cette époque en Chine, soit peu après son apparition au Proche-Orient (région du Croissant fertile) en raison des changements climatiques. Cette nouvelle activité humaine a eu pour effet de faire augmenter la population et de favoriser la création d'artisans et d'administrateurs. C’est par étapes que les peuples de langue et de culture chinoises se fixèrent sur le territoire de l’actuelle Chine. Au néolithique, la riziculture et la domestication du buffle semblaient acquises. Au nord, dans l’actuelle province du Henan, des communautés agraires existaient entre 6500 et 5000 avant notre ère. Quelque cinq siècles plus tard, de nouvelles sociétés agricoles se développèrent dans le bassin du fleuve Jaune au nord de la Chine, alors que les premiers villages apparurent. 1 La Chine ancienneLes historiographes chinois ont traditionnellement commencé
leurs récits de l'histoire chinoise avec la fondation de la dynastie Xia (environ 2100-1600 avant notre ère),
suivie de la dynastie des Shang environ 500 ans plus tard. La Chine des
Shang possédait une culture avancée, quelque peu différente
de la civilisation chinoise postérieure, avec une écriture, le travail
du bronze et des chars, ce dernier suggérant l'influence possible des
immigrants occidentaux apparentés aux Hittites et Indo-aryen contemporains.
À cette époque, l’écriture, élaborée
par les religieux, se composait alors de quelque 3000 signes idéographiques. La Chine entra ensuite dans l’âge du fer (en 513). La charrue de fer tirée par un bœuf ainsi que l’amélioration des techniques d’irrigation permirent de meilleurs rendements agricoles et, par voie de conséquence, un accroissement de la population. La croissance démographique s’accompagna d’une production accrue de richesses et donna naissance à une nouvelle classe de négociants et de commerçants. Les découvertes scientifiques se multiplièrent, telles que les tables de multiplication, l'astronomie, etc. Les premiers tronçons de la Grande Muraille furent construits sous l'ordre des souverains du Chunqiu-Zhanguo (800-400 avant notre ère). Cette fortification leur permit de se protéger des peuples du Nord, en particulier des Xiongnu, tribu apparentée aux Huns. 2 L'Empire du MilieuVers 220 avant notre ère, le prince Zheng (plus tard l'empereur
Shi Huangdi) parvint à conquérir les autres États et se proclama lui-même
premier empereur — sous le titre de «premier auguste souverain» — de la
dynastie Qin (221-206), l'une des plus
brèves mais néanmoins l'une des plus importantes dynasties chinoises.
Son règne correspond en effet à la mise en place de l'ordre impérial et
ouvrit la voie à la puissante dynastie des Han. C'est aussi la dynastie
Qin qui va donner son nom à la Chine: le nom de Qin, déformé, arrivera
en Occident sous la forme de Sin(o)-, Chine ou Shina
pour désigner «l'Empire du Milieu». La majeure partie de la Grande
Muraille fut érigée sous le règne de Shi Huangdi (221-210) qui redoutait
les expéditions menées par les peuples nomades des steppes du Nord. C'est
sous son règne que l’écriture chinoise fut normalisée et son usage rendu
obligatoire dans tout le pays. Bien que son règne n'ait duré que onze
ans, il réussit à soumettre de grandes régions de ce qui constitue le
territoire actuel des Han et à l'unifier sous un gouvernement étroitement
centralisé. Cependant, ses successeurs ne réussirent pas aussi bien; peu
après, la dynastie des Qin s'éteignit et la dynastie des Han lui succéda.
La dynastie des Han connut son apogée sous le règne de Wudi (140-87). La quasi-totalité de ce qu'est la Chine actuelle fut soumise à l’ordre impérial, même si de nombreuses régions, notamment au sud du Yang-tseu-kiang, ne furent pas encore complètement soumises. L’autorité chinoise s'étendit du sud de la Mandchourie jusqu'au nord de la Corée; complètement au sud, les Han conquirent l’île de Hainan. Mais l'expansionnisme territorial, ayant épuisé les ressources financières, entraîna des hausses d'impôt, tandis que les révoltes paysannes se multipliaient et le banditisme se développait. Au Ier siècle de notre ère, la Chine poursuivit son expansion vers l’ouest. Les Chinois, qui contrôlaient la route de la Soie développèrent un commerce actif avec les peuples «barbares» d’Occident. Par la suite, une période d'instabilité s'installa au
cours de laquelle trois États tentèrent de prendre le pouvoir pendant
la période dite des «Trois Royaumes». Bien que ces royaumes aient été
réunis temporairement en 280 par l'empereur Wu Di de la dynastie
Jin, les barbares Wu Hu ravagèrent le pays, provoquant un vaste
exode des Chinois au sud du Yangtze. Avec les immigrants et les habitants
du Sud, l'empereur Yuandi de la dynastie Jin mit en place la première
des cinq «dynasties du Sud» qui résidèrent à Jiangkang (près de l'actuelle
Nanjing). Les barbares du Nord furent unis en 376 une fois par Fu Jian
de l'ancien empire Qin, puis en 439 par Tai Wu Di, troisième empereur
de la dynastie Wei du Nord. La Chine fut dirigée par deux dynasties
indépendantes, l'une au nord et l'autre au sud. La courte dynastie Sui
réussit à réunir le pays en 589 après presque 300 ans de séparation. C'est
à cette époque qu'une grande partie du vocabulaire scientifique et technique
chinois fut créé grâce à des ouvrages marquants. 3 Les Mongols et la dynastie Ming chinoiseLa dynastie des Song ne finit par tomber que sous les assauts répétés d’une armée mongole nettement supérieure en nombre et après des années de combats. En 1206, une assemblée de toutes les tribus mongoles se réunit à Karakorom, en Mongolie, pour confirmer la création de l’unité mongole sous l’autorité de Gengis Khan, l’«empereur suprême». Les Mongols entamèrent rapidement une série de conquêtes qui aboutirent à la formation du plus grand empire du monde de l’époque. En Chine, Gengis Khan s’empara d’abord de Pékin, la capitale des Jin, en 1215, avant de se rendre maître de tout le nord de la Chine après la reddition de Kaifeng (1233). Le 18 août 1227, l’empire mongol (avec Karakoroum comme capitale), qui s'étendait de Pékin jusqu'à Moscou en passant par la mer Caspienne, fut divisé entre ses quatre fils.
En 1279, Kūbilaï Khān, petit-fils de Gengis Khān, acheva la conquête de la Chine. Au lieu de chercher à agrandir davantage le royaume, il s'efforça de l'unifier. Ce fut la pax mongolica, l'âge d'or de l'Empire mongol, l'un des plus vastes de tous les temps. À la mort de Kūbilaï Khān en 1294, des factions rivales se formèrent, tandis que les Chinois commencèrent à s'opposer aux Mongols. Ceux-ci furent chassés de Pékin en 1368 par le premier empereur de la dynastie Ming (1368-1644). Il s'ensuivit une longue période de déclin et de lutte entre les Mongols orientaux (héritiers de Gengis Khān) et les Mongols occidentaux (soumis aux Ming), qui dura près de trois siècles. Le règne de Kubilaï Khan
constitue l’apogée du pouvoir mongol. Les communications furent considérablement
améliorées et les routes commerciales de l’Asie centrale, entièrement
sous contrôle mongol, devinrent plus sûres que jamais. Pour cette raison,
les échanges entre l’Est et l’Ouest s’intensifièrent, notamment avec les
missionnaires (franciscains) et les commerçants étrangers (Florence, Gênes,
Venise), dans le domaine tant intellectuel et culturel que technique et
scientifique. Le plus connu des voyageurs européens demeure sans doute
le négociant vénitien Marco Polo qui séjourna à Cambaluc (Pékin) et à
la cour de Kubilaï Khan de 1275 à 1292. C'est dans le Livre des merveilles
du monde (écrit en français) qu'il décrivit les splendeurs de l’Empire
mongol. Avec la dynastie Ming (1368-1644), débuta une période de renaissance culturelle et économique. Sous l’empereur Yongle (1403-1424), la Grande Muraille fut consolidée et agrandie. Les tribus de Mongolie ayant été définitivement vaincues, la capitale de l’Empire fut transférée en 1421 à Pékin, où commença la construction de la Cité interdite. L'armée régulière comptait alors un million d'hommes. Plusieurs expéditions navales, conduites par l’amiral Zheng He, révèlent le pouvoir des Ming dans toute l’Asie du Sud-Est, dans les États indiens et jusqu’à Madagascar. Grâce au développement de l’irrigation, la famine diminua, l’agriculture prospéra et la population augmenta. Vers 1600, la Chine comptait près de 150 millions d’habitants. De nombreux livres furent imprimés grâce à l'apparition des caractères mobiles. Le Nongzheng Quanshu («Traité complet d'agronomie») de Xu Guangqi (1562-1633) fixa une terminologie dans le domaine de l'agriculture et des travaux hydrauliques et agraires. Le Tiangong Kaiwu («Exploitation des oeuvres de la nature») de Song Yingxing (1587-1662) est considéré par les spécialistes occidentaux comme une véritable encyclopédie chinoise des sciences et des techniques. À la fin de la dynastie des Ming, les entreprises de traduction devinrent très florissantes. Des érudits unirent leurs efforts pour traduire et rédiger de nombreux ouvrages en astronomie, en mathématique, en physique, en métallurgie, en biologie, en cartographie et en chimie. On pouvait affirmer que la Chine était alors le pays le plus en avance sur la planète. D'ailleurs, l'Europe doit largement à la science chinoise. L'imprimerie, la poudre à canon, la boussole et le papier, que les Chinois appellent «les Quatre Inventions», ont réellement modifié la face du monde, comme le notait déjà Francis Bacon il y a quatre siècles. À partir du milieu du XVe siècle, le pouvoir des Ming déclina. Les nomades des steppes s’attaquèrent aux provinces du Nord, alors que la compétence des dirigeants se dégradait. Néanmoins, des relations maritimes et commerciales s’établirent avec le monde occidental. Arrivés les premiers en 1514, les Portugais installèrent un comptoir commercial à Macao en 1557. Après 1570, le commerce se développa entre la Chine et les colonies espagnoles des Philippines. En 1619, les Hollandais s’installèrent à Taiwan et prirent possession des îles Pescadores (Penghu). Des missionnaires jésuites arrivés d’Europe dans la seconde moitié du XVIe siècle, répandirent les connaissances occidentales et le christianisme. La chute des Ming fut provoquée par une rébellion née dans la province du Shaanxi, confrontée à la famine et au chômage. Une armée de 300 000 hommes parvint à prendre Pékin en 1644. Le chef des armées Ming, le général Wu Sangui, fit alors appel aux nomades mandchous pour l’aider à chasser les rebelles de la capitale. Une fois leur mission achevée, les Mandchous refusèrent de quitter Pékin et fondèrent une nouvelle dynastie, la dynastie des Qing. 4 La dynastie mandchoue des Qing (1644-1912)C’est sous la dynastie mandchoue que le pouvoir de l’Empire chinois connut l’apogée de ses deux mille ans d’histoire, jusqu’à son effondrement, au début du XXe siècle, imputable à la fois à une décadence intérieure et aux pressions extérieures exercées par l’Occident. Devenus maîtres de la Chine, les Mandchous cherchèrent malgré tout à se siniser, tout en brimant les Chinois, contraints, par exemple, à porter la natte comme signe de leur soumission. L’organisation politique des Mandchous fut largement fondée sur celle des Ming, mais elle demeura plus centralisée. L’administration centrale dépendit d’un nouvel organe gouvernemental, le Grand Conseil, qui traitait les affaires militaires et politiques de l’État, sous les ordres directs de l’empereur. À Pékin, un Chinois et un Mandchou gérèrent chacune des directions administratives. La bureaucratie traditionnelle et le système des examens impériaux en chinois mandarin, reposant en grande partie sur la connaissance des classiques confucéens, furent maintenus. 4.1 L'expansion territoriale Au cours du demi-siècle suivant, les Manchous étendirent leur pouvoir à des régions auparavant sous contrôle Ming, telles que le Yunnan et Taiwan et au-delà en s'emparant du Xinjiang, du Tibet et de la Mongolie. Le Népal subit à son tour le joug chinois; la Birmanie dut payer un tribut, tout comme les îles Ryukyu; la Corée et le nord du Vietnam reconnurent la suzeraineté de la Chine, tandis que Taiwan fut incorporée à l’Empire. La population connut une forte croissance démographique (313 millions d’habitants en 1794), que ne parvint pas à suivre la production. Les premiers Qing durent ces succès à la combinaison des performances militaires des Mandchous et de l'efficacité de l'administration chinoise. L'empereur Kangxi (1662-1722) fit rédiger le plus complet des dictionnaires de caractères chinois jamais réalisé et, sous l'empereur Qianlong (1736-1796), les érudits compilèrent le catalogue de toutes les œuvres importante de la culture chinoise. La période Qing vit aussi se continuer le développement de la littérature populaire. La population chinoise passer au cours du XVIIIe siècle à 400 millions d'habitants. Au cours du XIXe siècle, le pouvoir des Qing s'affaiblit et la prospérité diminua. 4.2 Les pressions occidentales La Chine subit une forte agitation sociale, une stagnation économique, une croissance démographique explosive, et des ingérences de plus en plus marquées des puissances occidentales. La volonté britannique d'ouvrir le commerce et notamment de poursuivre ses exportations d'opium, que des édits impériaux rendaient illégale, aboutit à la première guerre de l'opium, en 1840, et à la défaite chinoise. La Grande-Bretagne obtint la cession de Hong-Kong lors du traité de Nankin en 1842, ainsi que l'ouverture d'autres ports au commerce européen. Par la suite, la Grande-Bretagne et d'autres puissances occidentales, y compris les États-Unis et le Japon, obtinrent des «concessions», autrement dit des petits territoires côtiers sous leur contrôle ainsi que des privilèges commerciaux. Mais les puissances occidentales en trouvèrent rapidement les clauses insuffisantes. La Grande-Bretagne, alliée à la France, ne tarda pas à trouver l’occasion de reprendre les hostilités entamée en 1939 lors de la première guerre de l'Opium. Puis, lors de la décennie de 1850, eut lieu la révolte de Taiping (1851-1864), qui ne fut vaincue qu'avec l'appui des Occidentaux. Suivirent les rébellions des Nian, du Xinjiang et de la Mongolie, qui affaiblirent la Chine. Au cours de la seconde guerre de l’Opium (1856-1860), leurs armées occidentales menacèrent le nord de la Chine. En 1858, de nouveaux traités accrurent les avantages commerciaux consentis aux Occidentaux. À partir des années 1860, les Qing, ayant réprimé les rébellions avec des milices organisées par l'aristocratie, entama un processus de modernisation militaire. Cependant, les nouvelles armées furent défaites par la France (guerre franco-chinoise de 1883-1885, pour l'Indochine), puis par le Japon (première guerre sino-japonaise de 1894-1895, pour la Corée). La guerre, qui opposait la France à la Chine en 1884 et 1885, fit entrer le Vietnam dans l’Empire colonial français; l’année suivante, la Grande-Bretagne annexait la Birmanie. En 1860, la Russie obtint les provinces du nord de la Mandchourie. En 1894, les tentatives japonaises pour soustraire la Corée à la suzeraineté chinoise aboutirent à la guerre sino-japonaise. Par le traité de Shimonoseki (1895), la Chine dut reconnaître l’indépendance de la Corée, désormais sous influence japonaise, et céda au Japon l’île de Taiwan et la péninsule du Liaodong, au sud de la Mandchourie. Finalement, la Chine se retrouva morcelée en zones d’influence étrangère. En matière de langue, un mouvement de réforme de l'écriture chinoise dans le but de la rendre phonétique débuta vers 1892. À ce moment, un dénommé Lu Ganzhang mi au point le Jiexinzi, un nouvel alphabet phonétique calqué sur l'alphabet latin. En 1900, Wang Zhao élabora le Guanhuahesheng, un alphabet destiné au mandarin chinois. 4.3 La fin de l'Empire La mort de l’impératrice Cixi en 1908 accéléra la chute de la dynastie Qing. Dans la première décennie du XXe siècle, les révolutionnaires formèrent une vaste coalition réunissant les étudiants et les commerçants d’outre-mer, ainsi que les Chinois de l’intérieur mécontents du régime. Au milieu de l’année 1911, des soulèvements se produisirent, tandis que le général des armées mandchoues (Yuan Shikai) avec les rebelles le poste de président du nouveau gouvernement républicain. Le 14 février 1912, une assemblée révolutionnaire réunie à Nankin élit Yuan Shikai premier président de la république de Chine. La même année, Puyi, dernier empereur de Chine, abdiquait à l’âge de six ans. 5 La république de Chine (1912-1949)Une constitution fut adoptée et un parlement convoqué en 1912. Mais Yuan Shikai ne laissa pas ces institutions entraver sa mainmise sur le pouvoir et établit une dictature (1912-1916). Lorsque le Guomindang, un parti nationaliste fondé en 1911 par Sun Yat-sen, tenta de limiter ses pouvoirs, d’abord par des tactiques parlementaires, puis par la révolution manquée de 1913, Yuan réagit. Il imposa la dissolution du Parlement, interdit le Guomindang et utilisa son influence personnelle auprès des chefs militaires provinciaux pour gouverner. L’opposition populaire contraint néanmoins Yuan Shikai à abandonner ses ambitions de restaurer l’Empire et de devenir empereur. À sa mort en 1916, plusieurs gouverneurs proclamèrent l’indépendance de leur province. Pendant plus de dix ans, le pouvoir politique passa aux mains de seigneurs de la guerre (dujun), qui régnèrent localement. Le gouvernement central conserva une existence précaire et parfois fictive jusqu’en 1927. Au plan de la langue, la Chine termina en 1915 le travail de rédaction du dictionnaire étymologique en quatre tomes, le Ciyuan («Source des mots»). En 1913, un comité pour la standardisation de la prononciation du chinois fut élaboré par le ministère de l'Éducation; ce comité proposa un ensemble de 39 symboles phonétiques (le Zhuyin Zimu) afin de pouvoir déterminer la prononciation; mais le Zhuyin Zimu ne fut promulgué en tant qu'alphabet phonétique national qu'en 1918. Cette année-là, la Société des sciences de Chine rédigea un projet pour la vérification des termes scientifiques. L'année suivante, elle fonda le Comité de vérification et d'approbation de la terminologie scientifique. En 1931, elle avait examiné et approuvé les projets de terminologie pour 14 disciplines. En 1932, la Maison nationale d'édition et de traduction eut pour mission de coordonner l'examen et l'approbation de la terminologie scientifique et technique à l'échelle du pays. Parallèlement, le ministère de l'Éducation avait rendu public (1928) un plan de romanisation de la langue nationale qui, très rapidement, céda sa place à un second système, appelé le bopomofo. Pendant ce temps, de nombreux Chinois étaient convaincus qu'il fallait à la fois débarrasser la Chine de l’impérialisme occidental et rétablir l’unité nationale. Ils se tournèrent de plus en plus vers l’Union soviétique et le marxisme-léninisme. Le Parti communiste chinois fut créé à Shanghai en 1921. Parmi ses fondateurs figure Mao Tsé-toung. En 1925, Tchang Kaï Chek prit le contrôle de son parti, le Guomindang et réussit à contrôler l'essentiel de la Chine du Sud et du Centre. Ayant vaincu les seigneurs de la guerre du Sud et du Centre, il obtint l'allégeance formelle de ceux du Nord. A partir de 1927, il se retourna contre les communistes, s'attaquant à leurs chefs comme à leur troupes dans leurs bases du Sud et de l'Est. En 1934, défaits et chassés de leur bases dans les montagnes, les communistes entreprirent la Longue Marche à travers les régions les plus désolées du pays, vers le nord ouest. Ils établirent leur nouvelle base de guérilla à Yanan, dans la province du Shaanxi. La lutte entre les communistes et nationalistes chinois se poursuivit durant de longues années. En 1949, les communistes occupaient l'essentiel du pays. C'est alors que Tchang Kaï Chek se réfugia dans l'île de Taiwan avec les restes du gouvernement et des forces armées du Guomindang, et proclama Taipeï capitale provisoire, déclarant vouloir reconquérir le continent. 6 La République populaire de ChineAvec la proclamation de la République Populaire de Chine à Pékin, le 1er octobre 1949, la Chine se retrouva avec deux gouvernements, la république populaire de Chine sur le continent et la république de Chine à Taiwan, chacun se considérant comme le gouvernement chinois légitime. Le nouveau régime communiste adopta le modèle de développement soviétique. 6.1 Le socialisme maoïste Afin d’étendre la révolution et de généraliser son pouvoir, le Parti communiste chinois (PCC) entreprit, entre 1949 et 1952, plusieurs grandes campagnes de réformes et de propagande: réforme agraire en 1950, épurations politiques, plans quinquennaux en matière économique, alliance avec l'URSS, luttes anticoloniales et politique de non-alignement. Le socialisme maoïste toucha tous le domaines de la vie de centaines de millions de Chinois. En même temps, la Chine, qui entendait récupérer ce qu’elle considérait être historiquement son territoire, développa son projet de «Grande Chine». Ce fut d'abord l'occupation du Tibet en 1950 par les troupes chinoises, ce qui ne suscita que des protestations formelles de la part de la communauté internationale. En août 1954, Zhou Enlai déclara officiellement que la libération de Taiwan était l’un de ses principaux objectifs pendant que Tchang Kaï Chek, de son côté, réaffirmait régulièrement son intention de reconquérir le continent. Les combats entre nationalistes et communistes reprirent sur l’île de Quemoy (Jinmen), puis au large de la côte chinoise. Mais, à partir de 1958, le cessez-le-feu fut généralement observé de chaque côté du détroit. Après le soulèvement du Tibet en 1959, la Chine institua une dictature militaire chinoise à la région afin d'imposer le «modèle chinois de socialisme» et diluer la société tibétaine traditionnelle, notamment le clergé et la noblesse, en confisquant toute propriété privée et en détruisant les monastères. Les Chinois procédèrent à des castrations et à des stérilisations massives sur des paysans et des nomades afin de «régénérer la race tibétaine». Des milliers d'enfants furent arrachés à leur famille pour recevoir en Chine une éducation marxiste-léniniste. On construisit des routes nationales afin de pouvoir éventuellement acheminer, dans cette région éloignée, des «secours» militaires en cas d'urgence. - La politique linguistique nationalitaire Dès l'arrivée des communistes au pouvoir en 1949, le gouvernement prôna le réaménagement des caractères chinois, diffusa le putonghua (la «langue commune» comme langue officielle et établit le Système d'alphabet phonétique chinois appelé pynyin. Ces trois grandes réalisations visaient à jeter les bases de modernisation de la langue et de l'écriture afin de les diffuser dans la population. Cette intervention dans la langue chinoise correspondait à l'idéologie des dirigeants qui voulaient répandre la langue auprès du peuple. La simplification des caractères paraissait nécessaire, car elle visait à mettre fin à l'analphabétisme chronique des Chinois. Étant donné que l'apprentissage des milliers de caractères de base nécessitait de nombreuses années, la simplification de ces derniers ne pouvait que favoriser l'acquisition de la lecture et de l'écriture. Rappelons que, déjà en 1940, Mao Tsé-toung avait publié un essai intitulé De la démocratie nouvelle, dans lequel il lançait un appel pour que la langue écrite chinoise soit réformée et simplifiée. Pour le président Mao, la simplification des caractères ne devait être que provisoire, l'alphabet pinyin devant remplacer progressivement les caractères en tant que forme d'écriture du chinois. Dès le début des années cinquante, le putonghua devint obligatoire dans les classes de langue chinoise des écoles primaires et secondaires à travers toute la Chine. Il ne faut pas oublier qu'une bonne partie de la population ignorait la langue officielle, les langues et les dialectes foisonnant à profusion. Pendant ce temps, le Comité pour l'unification du vocabulaire scientifique fut créé le 6 avril 1950. Mais en 1956, le travail d'uniformisation de la terminologie scientifique repassa sous la responsabilité de l'Académie des sciences de Chine. Le nombre des caractères chinois passa de plus de 6000 à 2238 caractères simplifiés. Dès 1951, Mao avait fixé son choix sur l'alphabétisation phonétique du chinois: «Notre langue écrite doit être réformée; la direction à prendre est celle de la phonétisation, ce qui est commun à toutes les langues du monde.» Évidemment, ce n'est pas tout à fait juste, mais il n'était pas loin de la vérité. Dans les écoles primaires, les enfants devaient apprendre le pinyin pour commencer et poursuivre avec l'apprentissage des caractères. Ils devaient aussi apprendre pour chacun des caractères l'équivalent en pinyin. La mainmise des communistes allait aussi marquer le début d'une nouvelle ère dans la vie des minorités nationales. Afin de consolider son pouvoir et réaliser l'unité territoriale (nationale), le nouveau régime préconisa des politiques destinées à intégrer les minorités nationales à l'intérieur de la société han. De 1949 à 1955, la politique linguistique fut caractérisée par une attitude de tolérance à l'endroit des langues propres aux minorités nationales. Ainsi, l'article 71 de la première Constitution chinoise stipulait que toutes les régions autonomes avaient la possibilité d'utiliser les langues orales et écrites propres à cette région dans les documents publics, la presse et le système scolaire. Au tout début des années cinquante, la politique chinoise en matière de construction et d'organisation des infrastructures éducatives à l'intention des minorités nationales fut appliquée de façon déterminée mais prudente. Entre 1952 et 1955, plusieurs réalisations, telles que la publication d'un nombre significatif d'ouvrages dans les langues mongole, tibétaine et ouïgour, ainsi que la mise sur pied d'une maison d'édition à l'intention des minorités nationales en 1953, démontrent que des étapes importantes ont été franchies dans le domaine culturel. Le gouvernement chinois dota de plusieurs langues minoritaires d'un alphabet (dérivé du latin), d'écoles où l'on enseignait la langue locale et de cadres formés pour administrer les régions autonomes. C'était l'époque bénie des politiques nationalitaires axées sur la tolérance et le développement des langues minoritaires. - Le Grand Bond en avant (1958-1962) et les minorités
De 1962 à 1965, une lutte sourde oppose, au sein du régime, les modérés aux extrémistes. Afin de renverser ces tendances pour le moins néfastes, les autorités chinoises décidèrent de réajuster leurs politiques dans divers domaines. Les politiques nationalitaires allaient figurer au nombre des domaines visés par les autorités communistes. La politique du «Grand Bond en avant» fut étendue aux minorités nationales. Ce fut la période de «l'unité par l'uniformisation en marche» où toute revendication à la différence impliquait nécessairement «un frein à la collectivisation». Toutes les politiques linguistiques précédentes à l'égard des minorités furent non seulement critiquées mais totalement remises en question. On assista à un revirement complet de la politique gouvernementale par la suppression des coutumes locales, des religions et des langues minoritaires au nom de l'unité nationale qui devait passer par l'uniformisation. C'est pourquoi l'apprentissage de la langue han, le putonghua, fut rendu obligatoire, tandis que les langues minoritaires, furent «standardisées» en fonction de l'alphabet pinyin, lui-même développé sur la base du parler chinois de Pékin (Beijing). Évidemment, le travail d'enquête linguistique effectué auprès des minorités nationales fut considérablement réduit, puis carrément interrompu. On publia, le 6 février 1956, des Directives du Conseil d'État concernant la promotion de la langue commune. Dès la rentrée scolaire de 1956, l'enseignement du putonghua devait être étendu partout. Pour soutenir cette politique, un centre de formation des maîtres fut ouvert à Pékin, tandis que la presse et la radio diffusaient des informations sur la langue afin d'aider le corps enseignant à se perfectionner. Les minorités n'ont pas perçu à ce moment-là que la programme du putonghua devait entraîner la disparition de leurs langues locales. En 1964, le Conseil d'État publiait les Règles générales de normalisation pour la simplification des caractères chinois, lesquelles sont entrées en vigueur à l'échelle nationale, ce qui entraîna la réglementation graduelle du chinois écrit et l'implication de l'État dans la langue. À cette époque, les déclarations du gouvernement chinois portaient constamment sur la «supériorité des Han», la «mission civilisatrice des Han», le «devoir moral» pour les non-Han d'accéder au niveau des Han. Pour le gouvernement, les Han, perçus comme «plus avancés», constituaient «le guide des peuples». La tâche du Parti communiste et du gouvernement était donc d'«aider les peuples minoritaires à rattraper le peuple han dans la grande marche vers le socialisme». Pour leur part, les Han considéraient les groupes minoritaires comme des arriérés ou des barbares, voire des chiens, des requins ou des bons à rien qu'il faut tirer de leur infériorité. En revanche, les minorités percevaient les Han comme «de la racaille qui vole les autochtones», sinon des «bandits». En définitive, ce qui comptait, c'était de démontrer ou de faire croire que les Han étaient supérieurs et que les minorités avaient tout intérêt à s'assimiler à leur «culture supérieure». Puis le gouvernement chinois s'est mis à pratiquer une politique favorisant l'immigration massive des Han dans les régions minoritaires. Cette politique entraîna progressivement la minorisation des non-Han sur leur propre territoire. Ainsi, dans la région autonome du Xinjiang (Ouïgour), les Han, qui constituaient 5,5 % de la population en 1949, atteignaient 50 % en 1980. En Mongolie intérieure, les Han devinrent majoritaires. Dans la Région autonome zhuang du Guangxi, les Zhuang ne comptèrent que pour 36,9 % de la population malgré leur nombre élevé à l'époque (13 millions); les Tibétains furent soumis au même traitement, mais les Hans retournèrent à Pékin, car ils n'appréciaient guère vivre à quelque 4000 mètres d'altitude. L'objectif du gouvernement chinois était d'envoyer au moins 10 millions de Han au Tibet. Enfin, une autre forme de la politique d'immigration consistait à déporter de jeunes enfants issus des minorités nationales vers la région de Pékin en vue de les initier à la culture han. Cette dernière mesure fut inégalement appliquée parce qu'elle provoquait la révolte chez les minoritaires, notamment les Tibétains, qui ne semblaient pas comprendre les «bienfaits» de l'éducation han. Comme si ce n'était pas suffisant, le Parti s'organisa pour fragmenter à outrance les régions autonomes en plusieurs territoires administratifs dans le but de mieux les contrôler. Ainsi, la région autonome du Tibet fut divisée en cinq districts contrôlés par du personnel han. Dans toutes les provinces et dans toutes les régions autonomes, la plupart des postes officiels furent comblés par des Han sous prétexte que les minorités manquaient de cadres et ne connaissaient pas suffisamment le putonghua pour communiquer avec le gouvernement central. En fait, une grande partie du personnel administratif et gouvernemental dans les régions autonomes utilisait exclusivement le chinois. Ces mesures anti-minoritaires déclenchèrent une profonde hostilité chez toutes les minorités nationales. Elles entraînèrent également une déstabilisation complète de l'économie chinoise, de telle sorte que des mesures d'urgence furent prises. Les fameuses «communes populaires» furent dissoutes et ce fut le retour des cadres locaux. - La Révolution culturelle (1966-1969 |